Grosse fatigue
Publié le 29 April 2012 | pas de réaction
J’ai failli me perdre, m’abandonner, disparaître et puis non. J’ai pensé à tout le travail que j’y avais consacré et j’ai décidé de continuer mon blogue, qui est aussi mon porte-folio.
Je sais, je l’ai négligé, je le néglige depuis que j’ai commencé mon nouveau boulot, depuis le 22 août très exactement. Et là, je suis fatiguée, fatiguée de me lever à 5 h pour aller promener le chien, fatiguée d’être bousculée par le temps, fatiguée de n’entreprendre aucun travail artistique parce que je sais que je devrai m’interrompre avant la fin de ma soif.
Et là, je suis vidée, plus rien ne m’intéresse, je stimule mes neurones à coups d’obscures séries américaines qui font dans le fantastique, avec des sorciers de premier ordre qui se prénomme Zolinder Zoul et un sourcier à l’épée magique… Autrement, rien, je suis éteinte.
Pourtant, je connais ce qui m’allume, je sais ce qui peut me pousser à m’investir dans un projet jusqu’à m’y dissoudre. Aurai-je perdu la foi ? Un peu. Je n’aime plus rien : je n’aime plus mon voisinage, je n’aime plus la montagne, je n’aime plus vivre au centre-ville, la ville m’agresse, la foule m’agresse, sa proximité m’agresse, tout comme le bruit des sirènes — j’habite entre deux hôpitaux — la chaleur m’agresse, la saleté m’agresse. Le temps est venu de donner un bon coup de barre pour changer de direction, changer ma vie.
Le courage dans tout ça? Je ne sais pas. Je crois qu’il faut autant de courage pour continuer d’exercer un boulot peu satisfaisant par obligation; pour moi, c’est facile, si je venais à me casser la gueule, je serais la seule à en assumer les conséquences, alors raison de plus pour me lancer.
J’ai essayé, Dieu sait que j’ai essayé d’entrer dans le moule et l’histoire connaît toujours la même fin, je vais de « remake » en « remake » de ma propre vie; l’héroïne finit déprimée, triste. Alors vous m’excuserez de poursuivre ma route, j’ai encore des rêves à réaliser.
Finalement…
Publié le 28 November 2011 | pas de réaction
Finalement, aujourd’hui, il a fait beau et doux.
Gilles est mort.
Publié le 27 September 2011 | pas de réaction
Sa mort est passée presque inaperçue, il venait à peine de mourir, que deux jours plus tard décédait Jack Layton, le sympathique Jack que tout le monde aimait.
Avec Gilles c’était moins évident, si on s’inclinait devant son grand talent d’écrivain, on se braquait face à sa moue dédaigneuse, cette intelligence qui le faisait paraître un peu méprisant devant les choses banales du quotidien qui composent la majorité de nos vies.
Alors quand le beau et bon Jack est mort, on a plus parlé de la disparition de Gilles Courtemanche, cet homme beaucoup moins sympathique que monsieur Layton.
Non pas que ça aurait changé quoi que ce soit à l’affaire, mais j’ai naïvement pensé que si on l’avait commémoré un peu plus, que peut-être se serait-il débarrassé de ce sentiment d’échec, histoire d’avoir le cœur moins lourd avant de rencontrer Saint-Pierre.
C’est ce qui m’attriste le plus dans cette mort; il est parti en croyant avoir raté sa vie, parce qu’il n’avait pas su aimer et retenir la personne à laquelle il tenait le plus au monde.
Pourtant, il avait de quoi s’en aller un peu fier : ses nombreux prix littéraires, son succès, son boulot de conseiller au grand tribunal de Lahaye, etc.… Eh bien non; il n’a pas su garder l’amour de sa vie et ça l’a tué. C’est ce qu’il explique dans son dernier livre « Je ne veux pas mourir seul. » Peu importe les réalisations professionnelles, au moment de notre dernier souffle, tout ce qui importe c’est d’avoir aimé et d’avoir été aimé.
Cela donne à réfléchir, c’est court une vie, surtout sans amour.
Parfait
Publié le 26 September 2011 | pas de réaction
Ce matin, j’ai vu un vol de canards tout emmêlé dans le ciel bleu, pour finalement se déployer en un V parfait.
Chihuahua
Publié le 3 August 2011 | 1 réaction
L’avion survolait un désert de roche et de sable, parsemé de cactus ici et là, quand il a commencé à piquer du nez. J’ai regardé par le hublot, il n’y avait toujours qu’un désert de roche. J’ai pensé” on ne va pas atterrir ici?” Alors au loin, j’ai vu la ville encerclée de vide rocailleux. Après l’atterrissage, le commandant de bord s’est adressé à nous pour nous souhaiter la bienvenue et en a profité pour nous donner la météo; 24 degrés Celsius. Ah! Ouais, juste 24 degrés en plein désert, génial!
Sur le tarmac, j’ai compris la médiocrité de mon espagnol; dehors, il devait faire au moins 35 degrés Celsius et il n’était pas encore midi.
Chihuahua est une ville sans attraits, son seul avantage touristique c’est sa gare, d’où part El Chepe, ce train mythique qui monte jusqu’à 2400 mètres d’altitudes à Divisadero, pour redescendre à 200 mètres, aux alentours d’El Fuerte. Il y a trois départs par semaine, vous avez donc intérêt à ne pas le manquer, à moins d’avoir une passion pour la chaleur extrême et les cactus.
Mon auberge était située en face de la gare, je n’avais qu’à traverser la rue, c’était idéal, surtout quand le départ ce fait à 7 h du matin…
Pour tuer le temps, j’ai décidé de me rendre au centre-ville à pied. La jeune propriétaire de l’auberge m’a offert son parapluie pour me protéger du soleil, j’ai décliné l’offre en riant; j’ai regretté cette décision tout l’après-midi. J’ai mis deux fois plus de temps à atteindre le centre-ville à cause des pauses que je devais prendre à l’ombre, tant le soleil m’écrasait l’échine.
Le centre-ville de Chihuahua forme un rectangle de magasins ordinaires qui n’était pas sans me rappeler la Plaza Ontario d’Hochelaga-Maisonneuve.
Par contre, c’est à Chihuahua que j’ai bu le meilleur Margarita au monde. Je me suis assise à la terrasse d’un grand hôtel style Holiday Inn, le soleil déclinait, j’étais en vacances… Sur la carte, il y avait six sortes de Margarita, j’ai commandé El Classico, je n’allais pas risquer de gâcher cet instant avec un drink bleu au goût de bubble gum. Il était divin, j’en aurais pris deux autres, mais ce n’était pas le temps de ramper à quatre pattes, surtout pas dans une ville située dans l’état le plus violent du pays.
Le lendemain à cinq heures du matin, l’auditeur de nuit a frappé ma porte pour me dire de me dépêcher parce qu’il y avait déjà une file d’attente devant les guichets. Je me suis habillée en vitesse, j’ai ramassé mon sac et j’ai traversé la rue pour faire la file avec les autres. Et Chihuahua? Un désert de sable et de roche d’une chaleur accablante avec un centre-ville comme la Plaza Ontario.
L’imposture
Publié le 15 July 2011 | pas de réaction
L’imposture c’est ce que l’on ressent quand on fréquente un milieu dont on n’est pas issue, le temps n’arrange rien et avec les années, on se sent mal partout.
J’ai grandi dans un milieu ouvrier et je serai toujours de ce milieu pas compliqué qui se fout complètement de ne pas trouver de St-Marcelin et des crevettes grises au Loblaw du coin.
C’est aussi un milieu pas trop porté sur la culture, même s’il adore la Poune et regarde les reprises des Galas juste pour rire.
Le milieu aime leur fille artiste, il trouve qu’elle a du talent, mais bon Dieu du ciel, si elle pouvait faire de l’argent, car c’est bien dommage d’avoir autant d’éducation tout en étant si pauvre.
La fille aime ce milieu, ça la repose de ses fréquentations qui critiquent le monde entier en fumant des pétards et en buvant du vin bas de gamme à vingt balles la bouteille, mais après quelques soirées à regarder la télé à écran géant, la fille talentueuse s’ennuie, tout comme elle s’ennuie après une heure de conversation vide autour d’une bouteille de vin bas de gamme à vingt dollars la pièce.
En fait, j’ai l’impression d’être de nulle part, je trouve souvent que les gens manquent de profondeur, alors je ne dis jamais vraiment ce que je pense pour ne pas être l’emmerdeuse de la soirée. Je me sens mal quand des copains européens font des blagues sur les Québécois mal dégrossis parce que c’est de ma famille dont ils parlent. Oui, quand je vais visiter mes parents, il y a du Cheezwiz dans le frigo et du fromage en tranche Kraft et puis après ? Ma mère est un codon bleu, elle peut tout cuisiner, quant à mon père il se fendrait en quatre pour aider les gens, je ne connais personne qui ne l’aime pas. Je ne présente pas n’importe qui à ma famille, non pas parce que j’en ai honte, c’est que souvent les gens ne le méritent pas, ils ne sont pas digne de la générosité de mes parents, de la gentillesse de ma sœur.
Reste que je me sens mal partout, dans ma famille, je ne parle pas ce qui me tient le plus à cœur, nous n’avons pas les mêmes intérêts, les mêmes activités… Dans mon entourage, sauf quelques exceptions, je trouve que les conversations tournent toujours autour du même sujet : moi, moi, moi… Et leurs beaux projets…
Je réalise que ce qui me donne l’impression de faire partie d’un tout, ce qui me permet d’avoir les pieds sur terre, ce qui donne un sens à ma vie, c’est encore et toujours l’art. Alors je crois que je vais persévérer, pour ne pas me retrouver la tête dans le vide.
Lorsque je crée, c’est le seul temps où je n’ai pas le sentiment d’être un imposteur.
Kawa
Publié le 8 July 2011 | pas de réaction
J’adore le café, malgré toutes les études l’accusant d’être néfaste pour la santé, j’aime le café et même si l’on m’apprenait demain qu’à la longue un troisième œil me pousserait au milieu du front, je continuerais à en boire.
Je prends un bol de café noir avec un sucre tous les matins, c’est le meilleur moment de la journée; j’ai fini de promener le chien, les morveux de la cour arrière ne sont pas encore levés, les scies rondes pas encore branchées, le camion à ordures pas encore passé.
Le café, il m’en faut pour réveiller mon cerveau, autrement il tourne dans la mélasse et finit par me donner mal à la tête à force d’être englué.
En Pologne, je n’ai connu qu’un seul drame; les Polonais prennent du thé au petit-déjeuner… J’ai pourtant essayé de faire comme eux, mais rendu à onze heures, j’avais envie de mordre quelqu’un, n’importe qui. J’ai donc commencé à repérer les distributrices à café (en passant, les Nestlé font le meilleur café). À Lublin, chance inouïe, il y en avait une dans le lobby de mon hôtel! Ça a pris quelques essais avant de déchiffrer café noir avec sucre en polonais, mais j’y suis arrivée.
À Leba (qui se prononce Weba) la Nestlé se trouvait sur la terrasse d’un bar et le matin j’attendais patiemment qu’on lève le rideau de fer pour pouvoir acheter mon expresso avant de partir en excursion, en fait je planifiais mes journées, selon l’heure d’ouverture de la terrasse. Je sais; pathétique.
Le matin de mon départ, je ne pouvais attendre l’ouverture de la terrasse, mon bus partait trop tôt; j’ai donc entrepris un voyage de cinq heures, sans café.
Vers dix heures, nous nous sommes arrêtés dans une gare. Les passagers sont descendus, je les ai suivis et j’ai vu notre chauffeur de bus en train de boire un café accoudé à un boui-boui. Derrière lui, il y avait le mot Kawa écrit au feutre noir sur un morceau de carton, alors comme un zombi, j’ai pointé du doigt, j’ai croassé Kawa! Une dame a mis une grosse cuillère à soupe de café moulu dans un verre de polystyrène, elle a versé de l’eau bouillante, elle a brassé un bon coup et voilà! J’ai ajouté un sucre, brassé encore un coup, j’ai attendu que les grains de café se déposent au fond et j’ai bu. Vous ne me croirez peut-être pas, mais ç’a été un des meilleurs cafés que j’ai bus dans ma vie. Bien sûr comme contexte il y avait la Pologne, la chaleur des gens et mon manque chronique de caféine, mais reste qu’il était mauditement bon ce kawa.
La Pologne
Publié le 29 June 2011 | pas de réaction
En 1987, j’ai eu la grande chance d’aller étudier à l’Université de Bordeaux dans le cadre d’un échange entre universités.
Un après-midi en me rendant au restaurant universitaire, j’ai vu des affiches de théâtre étalées un peu partout. Un étudiant les avait ramenées de la Pologne et les vendait sur le campus; j’ai eu un coup de foudre pour ce pays.
Incroyable, mais vrai, l’idée de la Pologne et de ses affiches m’ont habitée pendant quinze ans, alors qu’ai-je fait en 2002 pendant une résidence en Allemagne; je me suis cassée en Pologne pendant six semaines.
J’ai tout aimé de ce pays, les gens qui vous prennent par la main pour vous indiquer un chemin, la nourriture, les milkbars, ces cafétérias instaurées sous l’ère communiste afin d’offrir aux habitants des repas à prix modiques, meilleur endroit pour goûter l’authentique cuisine polonaise, l’architecture laissée pour compte, les villes hantées par le spectre de l’holocauste, chaque village a son monument commémoratif, et surtout l’art, les magnifiques icônes religieuses entreposées dans l’ancienne écurie d’un palace de campagne, les fresques russo byzantines de la chapelle Trójcy à Lublin, les artéfacts de style réalisme socialiste soviétique entassés dans un entrepôt, ces affiches uniques, que l’on reconnaît parmi des centaines.
Varsovie leur a consacré un musée et là, j’y ai trouvé l’image que j’avais en tête depuis quinze ans; l’affichiste tant recherché était Wiktor Sadowski. Ses images sont de couleurs sobres, ses compositions sombres, il réussit à nous troubler avec des têtes de clowns monochromes et des pantins, sans jamais tomber dans le grotesque et le kitsch. Qui aurait pensé utiliser une tête de clown pour illustrer une pièce du dramaturge Peter Müller? Lui l’a fait et magistralement.
Je suis donc rentrée chez moi avec le livre célébrant cent ans d’affiches polonaises de théâtre, une brique sur les fresques de la chapelle de Lublin, un autre sur Auschwitz, une sculpture de bois, une reproduction d’icône… Je ne voulais rien oublier de la Pologne, j’ai trouvé là-bas exactement ce que je cherchais, ce à quoi je m’attendais et depuis, la Pologne est logée dans mon cœur.
La faute à Frida
Publié le 17 June 2011 | pas de réaction
J’étais en fin de baccalauréat à l’Université Concordia, j’avais fait tous mes cours complémentaires en psychologie avec l’intention de faire une maîtrise en art thérapie, sauf que deux mois après la rentrée, je suis tombée sur la biographie de Frida Kahlo, écrite par Hayden Herrera. À la fin du livre, j’avais pris une décision définitive; je serai peintre, rien d’autre.
Mon raisonnement était tout simple; si une femme mexicaine née en 1907 avait réussi malgré tous les obstacles qu’opposaient sa condition, son origine et son sexe, je ne voyais pas ce qui m’en n’empêcherait, j’ai naïvement pensé que ça serait facile…
Je n’ai jamais fait de maîtrise en art thérapie, j’ai bien tenté un certificat en éducation pour pouvoir enseigner, mais quand j’ai entendu des élèves se raconter comment ils avaient mis en feu les cheveux d’une suppléante qu’ils n’aimaient pas, ça m’a découragée de la profession… De toute façon, l’appel de l’art a toujours été plus le plus fort « Toute résistance a été futile » comme ont dit les Borgs.
Comment je suis entrée en art.
Publié le 11 June 2011 | pas de réaction
J’étais en 5e secondaire, notre professeure d’art plastique, Colette Miquel nous avait donné à faire, une affiche comme travail de fin d’année.
Avant ce travail, les arts plastiques, j’aimais bien, mais je ne me trouvais pas particulièrement doué. Puis, il y a eu ce projet de peinture, sur lequel j’ai pu travailler plusieurs mois, ce travail minutieux m’a happée complètement; cet univers me passionnait autant que celui de la danse classique.
C’est avec Boticelli que j’ai découvert la peinture. Ma professeure m’avait suggérée de faire des recherches de ce côté, mon dessin était très boticellien, un des personnages avait une longue chevelure entrelacée de fleurs qui couvrait la feuille de haut en bas.
Pour la première fois, j’avais eu la note la plus haute, votée à l’unanimité par la classe, à l’exception de Rita Tourigny qui était un peu jalouse. J’avais découvert ma place, un univers où je me sentais bien, un rythme de vie aussi, je n’étais plus bousculée.
À la fin de l’année scolaire, Madame Miquel m’a demandée si je comptais me diriger en art. Je lui avais répondu non, je m’étais inscrite en sciences humaines au cégep pour pouvoir enseigner la danse.
J’ai fait une année en sciences humaines, trois ans comme serveuse et puis, je suis retournée à l’université en art visuel, concentration peinture.
J’aurais dû écouter Colette et ignorer la professeure de danse, ça aurait plus court comme chemin…
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